Signé le 23 juillet 2025, l’avenant 21 modifie en profondeur plusieurs aspects de l’exercice orthophonique, de la rémunération à la coordination scolaire, en passant par l’organisation des soins. Après plusieurs années de discussions entre les syndicats et l’Assurance Maladie, cet avenant marque une avancée importante dans la reconnaissance du rôle central de l’orthophoniste au sein du parcours de soins, notamment auprès des jeunes enfants et des patients avec troubles complexes.
Dans cet article, nous faisons le point sur ce qui change, ce que cela signifie pour votre activité, et comment intégrer ces évolutions dans votre organisation et votre formation continue.
Pourquoi un avenant 21 ? Un contexte de forte tension sur la profession
Depuis plusieurs années, les orthophonistes alertent sur la saturation de leurs plannings, la hausse des demandes de prise en charge, la pénurie de professionnels dans certains territoires, et les difficultés de coordination avec les structures scolaires, médico-sociales ou hospitalières.
L’avenant 21 s’inscrit dans un contexte où :
- – Les délais d’attente dépassent régulièrement 8 à 12 mois,
- – les prises en charge pour jeunes enfants, TND ou pathologies complexes se multiplient,
- – la charge administrative pèse sur le temps de soin,
- – les attentes d’accompagnement global augmentent du côté des familles et des équipes pédagogiques ou médico-sociales.
Les négociations ont donc abouti à un avenant visant à :
- – valoriser les temps de coordination ;
- – mieux structurer les parcours, notamment via le PPSO ;
- – clarifier et reconnaître des missions déjà exercées sur le terrain ;
- – poser les bases de nouveaux modes d’organisation (bilan, orientation, collaboration interprofessionnelle).
Le PPSO : une nouveauté qui structure le parcours du patient
L’un des apports majeurs de l’avenant 21 est l’introduction du PPSO – Plan Personnalisé de Soins Orthophoniques.
Quels objectifs ?
- – Uniformiser la démarche clinique :
Le PPSO permet d’harmoniser l’évaluation et la définition des objectifs thérapeutiques. - – Garantir une meilleure lisibilité pour les partenaires :
enseignants, pédiatres, CMP, structures médico-sociales, neuropédiatres… - – Fluidifier les bilans de renouvellement et la communication avec le prescripteur.
Concrètement, que devez-vous faire ?
Le PPSO formalise ce que la plupart des orthophonistes faisaient déjà :
- – un bilan structuré,
- – des objectifs de prise en soin hiérarchisés,
- – une projection sur les modalités de séances,
- – une date de réévaluation.
L’avenant 21 ne bouleverse donc pas les pratiques, mais leur donne un cadre officiel et opposable.
Il vous sera demandé d’intégrer le PPSO dans votre dossier patient et, à terme, via les logiciels métiers (selon déploiement éditeurs).
Coordination scolaire : une reconnaissance attendue
C’est l’une des mesures les plus saluées de l’avenant 21 : la revalorisation du temps de coordination, notamment scolaire.
Les orthophonistes participent régulièrement à des :
- – ESS (équipes de suivi de scolarisation),
- – réunions avec AVS/AESH,
- – échanges avec enseignants,
- – concertations avec CMP, CAMSP, SESSAD…
Jusqu’ici, ces temps étaient souvent réalisés bénévolement.
L’avenant 21 introduit enfin une valorisation financière.
Une rémunération dédiée : +69 € par réunion
Ce forfait couvre :
- – la préparation,
- – le déplacement éventuel,
- – la participation à la réunion,
- – le retour aux familles et mise à jour du dossier.
Il s’agit d’un forfait distinct des séances, permettant une prise en charge plus équitable et transparente.
Pourquoi c’est important pour la profession ?
Cela légitime un rôle essentiel mais sous-valorisé.
Cela encourage la coordination autour des élèves à besoins particuliers.
Cela permet de consacrer du temps de manière plus sereine à la scolarité des jeunes patients.
Focus sur la double prise en charge CMP/orthophonie : un dossier encore sensible
Même si l’avenant 21 ne règle pas totalement la question, il s’inscrit dans une dynamique plus large de négociation sur la double prise en charge CMP/orthophonie.
Fin 2025, un report a été obtenu et la question reste en discussion.
L’objectif est d’éviter les ruptures de parcours pour les enfants suivis en CMP, très nombreux à avoir besoin d’un suivi orthophonique régulier.
À suivre en 2026, mais l’avenant souligne une volonté d’harmoniser les pratiques et de sécuriser les prises en charge conjointes.
Impact sur la rémunération et les actes : une valorisation plus cohérente
L’avenant 21 apporte plusieurs ajustements visant à mieux reconnaître certaines tâches chronophages et essentielles.
Valorisation du rôle clinique
La structuration du PPSO et les réunions permettent une rémunération plus alignée sur la réalité du travail réalisé.
Un signal fort pour la profession
- – L’avenant reconnaît que l’orthophoniste :
- – coordonne,
- – évalue,
- – collabore,
- – oriente,
- – participe aux décisions scolaires,
- – intervient dans une logique de parcours.
C’est une reconnaissance politique et institutionnelle.
En quoi l’avenant 21 peut améliorer votre organisation au quotidien ?
Bien mis en place, il peut permettre :
Mieux planifier vos bilans de renouvellement
Le PPSO oblige à clarifier les objectifs et les échéances : un gain de temps, notamment avec les familles.
Structurer les échanges avec les partenaires
Avoir un cadre officiel facilite vos relations avec :
- – enseignants,
- – médecins,
- – structures médico-sociales,
- – psychologues ou ergothérapeutes.
Diminuer la charge mentale
La rémunération des réunions évite de “bloquer” une demi-journée pour rien.
Sécuriser les prises en charge et les décisions
Un dossier clair = un parcours plus fluide + une meilleure lisibilité pour les prescripteurs.
Quels changements pour les familles ?
Les familles gagneront en :
- – compréhension du parcours,
- – visibilité sur les objectifs,
- – continuité entre les acteurs,
- – cohérence éducative, thérapeutique et scolaire,
- – qualité du suivi.
L’orthophoniste devient (encore davantage) le pivot du parcours : un rôle reconnu et explicité par l’avenant.
Comment se préparer concrètement à l’avenant 21 ?
Voici quelques pistes pratiques pour les orthophonistes :
Mettre à jour ses modèles de bilan et de compte rendu
Intégrer les composantes du PPSO (objectifs, prévision de séances, date de bilan de renouvellement).
Anticiper les futures fonctionnalités dans les logiciels métier
Les éditeurs vont progressivement intégrer le PPSO.
Formaliser ses pratiques de coordination
Créer des modèles de comptes rendus de réunion pour gagner du temps.
Se former sur des axes prioritaires
L’avenant 21 met en lumière :
- – la coordination,
- – l’évaluation précoce,
- – l’accompagnement des TND,
- – l’oralité,
- – l’OMF,
- – le sommeil,
- – la prise en charge globale des jeunes enfants.
Ce sont des thématiques très recherchées en formation continue.
C’est d’ailleurs l’occasion de découvrir les formations courtes proposées par Pôle Formation Santé pour renforcer ces compétences.
En résumé : un avenant pragmatique et structurant
L’avenant 21 ne révolutionne pas l’exercice, mais il consolide, valorise et structure des missions déjà réalisées :
- – Le PPSO clarifie le cadre clinique
- – Les réunions de coordination sont enfin rémunérées
- – Le parcours de soins devient plus lisible
- – Les pratiques sont harmonisées
- – La profession gagne en reconnaissance institutionnelle
Il s’agit d’une avancée importante pour continuer à répondre aux besoins croissants des enfants, familles et partenaires, dans un contexte où l’orthophonie est plus essentielle que jamais.
